Elections communales en Guinée, toujours en attente des résul…tard !

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Ce dimanche 4 février 2018 fut un véritable regain d’espoir pour le peuple de Guinée, longtemps plongé dans un système de démocratie singulière. Après treize années de nominations et d’apparent consensus, le pays tourne la page et emprunte désormais la voie du renouvellement de ses élus locaux. Mais ce qui inquiète aujourd’hui, c’est la publication du résultat de ce vote. Tout le monde a le regard tourné vers la commission qui s’en charge, la CENI.

Aucune élection communale et communautaire n’avait pas été organisée depuis le deuxième régime de feu général Lansana Conté (2005).  Après huit années émaillées de manifestations politiques perpétuelles de l’opposition Républicaine, notamment à cause du manque d’élections, celles du 6 février ont été annoncées par la nouvelle équipe de la commission électorale nationale indépendante (CENI). Elles doivent permettre la mise en place d’une administration locale légalement élue, comme le veut la Constitution.

Après la présidentielle de 2010 et les élections législatives de 2013, le peuple guinéen longtemps martyr a été rappelé aux urnes en 2015 pour une nouvelle présidentielle. Celle-ci a conduit à la réélection du président Alpha Condé à la tête de l’Etat. Or la loi prévoit qu’à chaque mandat présidentiel (5 ans), toutes les élections prévues par la Constitution doivent être organisées. En principe, après celle de la tête de l’exécutif puis les législatives, l’organisation d’un vote pour les administrations communales doit suivre dans l’année.

Ces élections n’ont malheureusement vu le jour qu’après plus de deux ans du second mandat du président Condé. Et cela seulement à la suite de multiples manifestations de rues et d’accords signés avec son opposition. Des changements de présidents ont d’ailleurs eu lieu à la tête de la CENI, au gré de ces crises. Mais ce qu’il faut surtout déplorer, c’est le nombre de personnes morts pendant les périodes de manifestation.

Aujourd’hui, ce vote – historique parce qu’il a permis à pas mal de jeunes d’être témoins oculaires, voire de participer – montre une autre facette de l’actualité. Chacun des partis engagés clame sa victoire pour diriger les communes, préfectures ou sous-préfectures. Or il ne doit y avoir qu’un seul leader à la destinée de chaque administration. Sur les réseaux sociaux, chaque militant se transforme en commissaire, à la place de la commission électorale légalement habilitée à proclamer les résultats.

Ainsi, cette institution qui se veut indépendante reste encore extrêmement lente. La loi veut que cette commission électorale proclame les résultats provisoires dans les 48 heures après la tenue du scrutin. Mais actuellement, c’est la toile qui sert de référence. Cela permet d’afficher son militantisme, et laisse chacun se dire vainqueur dans telle circonscription électorale ou à telle autre, à la place des CACV (communes administratives de centralisation du vote).

Pour avoir une idée de la participation au vote, il faut pour le moment faire référence aux réseaux sociaux plutôt qu’à la CENI qui peine encore. Les partis politiques de l’opposition et certains leaders des listes indépendantes crient déjà à la fraude, accusant le parti au pouvoir de manipulation, de bourrage d’urnes, etc. L’institution de décompte des votes, elle, estime probable de proclamer son résultat provisoire à peu près une semaine après la tenue du vote, comme elle a coutume à la faire.

Cela ne reste évidemment pas sans conséquence. A date, on enregistre déjà assez de dégâts matériels et de pertes en vies humaines… Seules les violences de rues deviennent maîtresses de la cité, ou c’est quasiment la loi du plus fort qui prime sur le plus faible. Les bavures de certaines forces de sécurité s’invitent également à la danse.

A la CENI de trancher pour atténuer les tensions !

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