Guinée : un orphelin au destin tragique
Le 2 octobre dernier, la Guinée fêtait ses soixante deuxièmes années de son accession à l’autonomie nationale. Et à l’instar des autres pays, elle a parcouru des périodes sombres au cours de son histoire. De l’esclavage à nos jours en passant par la colonisation, notre pays fut longtemps le théâtre des exactions politiques, sociales, économiques… Le libertinage politique étatique a surtout agenouillé les principes fondamentaux. Il y a lieu d’ajouter la politique du mensonge impudent de cette dernière décennie.
Au-delà de toutes les situations et de tout obstacle politique conduisant le peuple de Guinée à une régression sociopolitique et économique après les années 1950, d’anarchie politique, de marasme et d’injustice sociale. Le peuple se trouve penché face à son défi du millénaire et de son destin poignant pour une histoire de troisième mandat.
Voulant se libérer du joug colonial
Le peuple de Guinée se lève pour voter contre la domination impérialiste pour son accession à l’indépendance. Le 28 septembre 1958, fut un véritable regain d’espoir pour les populations longtemps victimes de domination coloniale (six décennies). Et le 2 octobre de la même année fut la date pendant laquelle le peuple chante son ‘’tchatcha…’’
« Nous préférons la liberté dans la pauvreté qu’à la richesse dans l’esclavage », affirmait le camarade Sékou Touré, devant le monde entier. Alors le pays entre dans l’histoire des grandes nations indépendantes. Il tourne la page en prenant son destin en main.
Quelques temps après, un itinéraire commence à se dessiner. Une armée est formée, un gouvernement voit le jour, les institutions nationales sont créées. Petit à petit, le jeune Etat commence à s’ouvrir vers l’international… Le soleil de l’indépendance s’est alors levé en République de Guinée. Elle est maintenant décidée à se libérer et à se démocratiser.
Fort malheureusement, l’éclipse commence à affecté le soleil en pleine journée. La philosophie de l’affirmation ci-dessus est plutôt détournée pour d’autres fins. La route de l’exil est désormais ouverte. On assiste à une fuite massive de grands cerveaux, à un endormissement mental du bas peuple, à une mystification du pouvoir qui se veut désormais ‘’pouvoir suprême’’, le parti état voit le jour. Aussitôt, même les murs peuvent entendre et dénoncer.
Toute âme qui ne s’inscrit pas dans la logique du parti révolution étatique est considérée comme anti-peuple. Le camp Boiro, où ‘’l’usine de la mort’’ est donc ouvert pour ces gens-là. On participe aussitôt pire que le colon, comme le témoignait l’écrivain ivoirien Dénis Oussou Essui : « c’était mieux autre fois qu’aujourd’hui. Quand la lanière de cuire sifflait sur mon dos nu et mettait ma chair à vif… mon frère d’hier, aujourd’hui mon patron, me dicte des ordres qui claquent à mes oreilles comme jadis la chicotte de l’homme blanc ».
De faux complots à faux complots, des leaders mouraient avec leurs idéaux. L’espoir devient alors éphémère. La démagogie du haut sommet de l’Etat gagne les esprits et les opposants restent les imbéciles à abattre. On voit partout aplaner « guide révolutionnaire… » Le peuple anéanti reste victime dans cette doctrine démoniaque pendant vingt-six ans.
Et le 26 mars 1984, le peuple de Guinée qui fut longtemps martyrisé se réveil avec un ouf de soulagement.
Une nouvelle figure…
A partir de là, un nouveau homme fort prend la tournée de la nation qui, depuis son accession à l’indépendance, cherche à hisser le ton de la liberté qui est déjà bafouée.
Le comité militaire de redressement national (CMRN), avec à sa tête un certain colonel de l’armée, Lansana Conté. Des discours et des décrets inondent la radiodiffusion, télévision nationale. L’optimisme regagne les âmes et les exilés commencent à rentrer au bercail.
Ainsi, avec une assurance de liberté et une ratification notamment sur le respect des droits humains auprès des institutions internationales, le pays affirme une certaine volonté politique. Les anciens prisonniers politiques sont libérés. Un gouvernement d’union nationale incluant toutes les composantes est créé. La liberté d’exprimer son opinion sur la place publique est admise par le nouveau régime.
Malheureusement, après une année au pouvoir, des cadres dignitaires de l’ancien régime sont assassinés sous prétexte d’une tentative d’un coup d’Etat, sans aucun respect de procès judiciaire. D’aucuns dans de situations pénibles. Et les victimes de la deuxième république commencent à se compter à partir de là.
Quelques années plus tard, on assiste à la toute première élection présidentielle multipartite. Chacun peut critiquer l’administration publique pour draguer ses électeurs. Mais l’on a finalement assisté à une autre façon de gérer le pays.
Au départ, l’économie devint libérale. Des entreprises privées commencent à fleurir. Cependant, l’objectif de cette circonspection commence à prendre une certaine tournure. De la liberté économique, l’on est conduit à un libertinage économique parrainé par les tacites de l’Etat.
Aucun investissement public allant à contribuer sur la base de l’intérêt des populations qui ont été longtemps victimes d’injustice sociopolitique. Les dirigeants optent pour la corruption éhontée et le clientélisme avéré dans tous les plans.
On entend souvent parler d’investissent pourtant sans réalisation. Sur la base de partage des biens publics par le biais du copinage est sans réflexe. Le cas « Aldiana (paradis) Fodé », ancien ministre de la jeunesse, des sports… dans les années 2000, en est une illustration. Des montants faramineux sortaient sans foi et des comptes sont garnis à partir des banques à l’internationales. La politique de ‘’qui est maudit’’ où ‘’c’est mon temps’’ voit le jour.
Le pays est désormais pris en otage par un clan restreint, qui contrôle tout. Malgré, le peuple décide de finir avec le système. Mais le pire se dessina. Car les tueries des manifestants de 2006, de janvier et février 2007, au pont du 8 novembre restent encore une tache indélébile sur l’itinéraire du peuple guinéen.
Nonobstant le mouvement social qui a secoué les dirigeants sur place, un gouvernement de consensus voit le jour pour sauver la Guinée de ses bourreaux.
La solution-miracle ‘’bonnet blanc, blanc bonnet’’.
Un gouvernement de consensus est créé avec à sa tête un diplomate connu sur le plan international du nom de Lansana Kouyaté. Avec de multiples promesses, le peuple pense désormais arriver au bout du tunnel. Hélas, la déloyauté aux victimes demeure. Le bas peuple découvre une fois encore qu’elle a été manipulée par la politique politicienne.
Finalement, l’on se demande à quel sein se vouer à l’usure ? La population lambda décide de rompre avec celui qui l’a berné malgré tout. Le maffioso continue à battre son plein. La Guinée devient une plaque tournante du trafic de drogue dans la sous-région. Cela se passe au vu et au su de tout le monde.
Voyant son retard par le simple fait que le président malade qui refuse de partir, pourtant affaibli par sa maladie de longues années, le peuple se lève la nuit du 22 décembre 2008 pour enfin apprendre la disparition de l’homme qui, après 24 ans sans partage du pouvoir n’a plus son mot à dire.
Et 24 heures plus tard, c’est un groupe de jeunes officiers et de sous-officiers de l’armée qui s’accaparent du pouvoir, avec en tête un certain Moussa Dadis Camara. Un capitaine méconnu de tous. Il fait face à une populace longtemps victime d’exploitations sanguinaires (entre autre, le camp Boiro et les cas de 1985, 2007 en disent longs).
Un espoir éphémère…
Maintenant c’est le conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) qui prend les rênes du pouvoir. Le capitaine pas assez connu du grand public, sort de sa coquille pour tenter de convaincre tout le monde. Il fait un tour d’horizon dans certains quartiers de Conakry pour montrer son visage.
Un premier décret sort pour suspendre la constitution et demandant la dissolution du gouvernement « sorcier » et de l’assemblée nationale qui d’ailleurs n’est pas dans un fonctionnement légal.
Monsieur Dadis touche des dossiers parfois méconnus du bas peuple. Il promet de résilier des contrats dans des secteurs comme les mines, le port autonome… monsieur Camara évoque le cas de la plaie « corruption ». Il est acclamé partout. Il suffit qu’il soit 22 heures, pour que tout le monde s’accroche sur les antennes de la télévision nationale pour suivre les audits en direct. Des anciens hauts cadres dignitaires de Lansana Conté sont jugés, des narco trafiquants y compris. C’est le cas de Ousmane Conté, fils ainé de l’ex président. Même des corps diplomatiques ne sont pas parfois épargnés.
Des fonds sont engrangés pour remplir les caisses de l’Etat. Le capitaine promet comme son prédécesseur d’organiser des élections libres, crédibles et transparentes ; où il ne se présentera pas et où aucun membre du CNDD, ni du gouvernement ne se présentera. Très fort malheureusement, monsieur Dadis trahi sa parole après avoir touché aux délices du pouvoir. Il menace prochainement d’ôter la tenue pour se présenter.
L’homme que le monde rapprochait aux idéaux du capitaine Amadou Toumani Touré du Mali, présente sa face cachée au grand public martyr depuis un demi-siècle d’indépendance. Il avait promis la liberté mais on a été induits à d’autres fins politiques. Comme d’ailleurs stipulait le célèbre littéraire guinéen, Thierno Monénembo : « Eux, qui auraient dû être la solution, c’était plutôt eux les problèmes à la lumière de la vérité. »
Le 28 septembre 2009, soit 9 mois plus tard, des guinéens qui protestaient contre une éventuelle candidature de Dadis sont massacrés au stade du même nom. Des femmes sont violées à ciel ouvert, des portés disparus… les victimes se comptaient par des centaines. Selon un rapport de Amnesty international ‘’157 personnes ont été tuées’’ ce jours-là. Et selon celui de certaines ONG locales, ces victimes se comptaient plus.
Tous les leaders d’opinion qui s’opposent aussi à l’idée sont menacés.
C’est la loi de la jungle qui prime. Le reggae man Elie Kamano, sort une chanson où il dénonce l’assassinat de la démocratie en Guinée : « c’est mon capitaine qui t’a massacré… »
Ainsi, le 3 décembre de la même année, une tentative d’assassinat est perpétrée contre le chef de la junte militaire de décembre 2008. C’est son ancien aide de camp, le commandant Aboubacar Sidiki Diakité, aliace Toumba, qui attente à sa vie. Le président est admis dans un hôpital militaire au Maroc, pour des soins. Il n’est pas mort mais sa vie est en danger.
Quelques moments après, un homme proche de Dadis prend le pouvoir pour organiser la transition. Timide et robuste, le général de brigade Sékouba Konaté connu aussi de El Tigre, promet d’organiser une élection libre et inclusive dans les brefs délais, pour transmettre la magistrature suprême aux civils.
Le 27 juin 2010, fut organisé le premier tour du scrutin. Près de 5 mois après, le deuxième tour aussi fut organisé dans une ambiance de tensions. Après le résultat, on enregistre des violences postélectorales. Les discours ethniques continuent de fleurir.
Un perpétuel commencement.
Le 21 décembre 2010, le nouveau président de la République est investi. Il n’est pas méconnu de la population guinéenne. Il est un opposant historique qui s’est battu pendant plus de quarante ans dans l’opposition. Il a d’ailleurs été condamné par contumace par le premier régime, puis emprisonné par le deuxième.
Alpha Condé sait déjà le défi qui l’attend. Plus de 50 ans en occident, le sorbonnard promet d’être le ‘’ Nelson Mandela de la Guinée’’. Il est perçu pour des uns, comme étant le messie. Malgré une économie pillée par des prédécesseurs, le pays est une fois de plus ouvert au monde. Des aides commencent à tomber pour alimenter les caisses de l’Etat. Et la page des timberlands (militaires) au pouvoir est désormais tournée après 26 ans au pouvoir. Il faut faire face aux intellectuels civils pour rattraper son retard de plus de 50 ans.
Se fixer une feuille de route, fermer les robinets de la corruption, mettre en avant la justice, bannir le clientélisme, prôner pour la vérité, justice et réconciliation… la liste est loin d’être exhaustive. Le professeur en droit ne manquait pas de mots pour se faire de la place dans les têtes de ses compatriotes.
Mais la réalité est aussi toute autre. Faire de la politique politicienne et gérer les affaires administratives sont diamétralement opposées. La situation sociopolitique reste tendue à jamais. Le tissu social reste plus déchirer qu’il n’a été. La géostratégie et la manipulation politico-ethnique restent entre autre les maillons forts de la gouvernance.
Le bilan est désormais accentué sur des pics contre tout opposant du régime « les chiens aboient et la caravane passe », « laisser les aboyer », « c’est des tortues, il faut souvent chauffer les derrières… ». Telles sont entre autre des phrases haineux et irresponsables de son excellence dans son aisance. Il devient donc le parrain de la pratique.
Quel bilan pour ce premier quinquennat ?
En vrai dire, c’est la plus grosse question que se posaient bon nombre de guinéens qui vivent au seuil de la pauvreté. Des personnes qui attendaient une certaine amélioration de leur condition de vie. Et la démocratie n’a plus son sens.
Un an après avoir accédé à la magistrature suprême, le pays est comme de coutume, plongé dans des manifestations sociopolitiques. Des manifestants sont réprimés à la dernière énergie. Près d’une centaine de jeunes assassinés pour asseoir enfin une assemblée nationale moribonde de copains. A ce jour, aucune enquête n’a été diligentée pour connaitre la vérité. La justice reste de justesse en manque de vitesse. Dans les autres secteurs, on n’en parle pas.
Ainsi, le Mandela de la Guinée s’octroie un second mandat pour dit-il, terminer ses projets. Et au destin particulier, la Guinée reste plonger dans un système infernal sans lendemain. Avec des cadres véreux et incompétents, le pays fonce dans un tunnel d’exploitation éhontée. L’argent coule à flot entre potes. Des millions de dollars sont interceptés et saisis partout. Des licences d’exploitation minières sont bradées à des sociétés fantômes sans arrière-pensée. Aucun dirigent n’ose lever le ton pour se questionner (que deviendra les générations futures ?)
Le bilan du premier mandat reste macabre. Des entreprises sérieuses comme Rio Tintin… plient bagages. Le chômage reste l’ami intime de la jeunesse guinéenne. Après 5 bonnes années, l’épidémie à virus Ebola qui est passée fut l’objet d’accusation à tort pour la réalisation des projets de Alpha Condé.
Pire, le professeur juriste décide d’une modification de la constitution qu’il a jurée à de deux fois, après ses 45 ans de lutte politique. Il décide d’instaurer le coudéisme, qui consiste à s’éterniser au pouvoir. Des vies sont massacrées pour y arriver. De 2010 à nos jours déjà, on dénombre officiellement plus de 150 victimes d’un clan de bourreaux sans foi ni loi. Un crime contre l’humanité non ! Le cas du 28 septembre 2009 peut en témoigner. De Mandela à Bokassa.
La jeunesse devient plus pessimiste qu’elle ne l’a été au paravent. Comme solution, bon nombre parmi elle préfère prendre la voie du désert ou la méditerranée pour tenter d’autres options pour une amélioration de vie. Malheureusement pour eux, 8/10 n’arrivent pas à destination. Et pourtant la Guinée représente tout un continent, en matière de ressources naturelles.
Car le pays détient près des 2/3 de réserve de bauxite au monde. Très riche en or, diamant, ardoise, fer etc. le guinéens ressemble à un prince qui erre dans la nature pour trouver à manger. Aujourd’hui avec la liberté recouvrée, l’on a plus d’espoir et ne devrait plus avoir d’espoir non plus.
Avec ces tourmenteurs économiques qui manquent de conscience de développement, l’âge d’or n’est pas pour demain hélas !