Paroles de migrants

Article : Paroles de migrants
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11 août 2021

Paroles de migrants

Mamou ville, l’un des chefs-lieux de départ de migrants en République de Guinée. De passage récemment, j’ai eu le privilège de débattre au tour d’une petite marmite de thé vert de Chine, communément appelé « Attaya », sur un sujet qui m’a toujours masturbé le cerveau «la migration irrégulière». L’envie d’en débattre publiquement m’a toujours hanté l’esprit pour lutter contre le phénomène. Mais les moyens financiers me bloquent généralement. Malgré tout, je le fais à ma manière pour pouvoir impacter d’avantage.

Dans cette ville carrefour, couleurs arc-en-ciel du pays, où tout genre d’ethnies se côtoient, on trouve de part et d’autre dans les quartiers, des jeunes gens assis, entrains de discuter sur des sujets d’actualités politique ou sportive. Et aujourd’hui, j’ai décidé de faire l’honneur d’assurer le thé. Puis lancer le débat, sur la migration.

Il y a parmi nous, deux migrants de retour. Des jeunes qui ont réellement vécus ce pire enfer sur terre. Ce qui fait le plus mal, d’après mon constat, c’est lorsqu’avant de bouger, les jeunes ignorent totalement les réalités qui de ce genre d’immigration. Et sans doute, il y a un, qui d’ailleurs est le plus jeune, qui aspire à ce projet dans le temps.

Je prends d’abord la parole en demandant un conseil : j’ai une somme d’argent que je veux investir mais je ne sais pas dans quelle activité. Et j’ai l’embarra de choix. C’est-à-dire, partir ou rester. Je sollicite l’aide de chacun ici.

Pour un premier temps, je trouve un con seuil : « à ta place grand, je prends le chemin de l’Europe. C’est moins coûteux et la voie est rapide ». Me laisse entendre Hamidou, un potentiel migrant.

– «Ah, bon! ». S’exclamais-je avec une conviction au semblant.

– Oui, je connais quelqu’un ici, qui peut te mettre en contact avec un monsieur qui est à Conakry.

– C’est sûr, il n’y a pas de risques ? Surtout avec ce qu’on voit dans les médias, des jeunes désespérément perchés sur des pirogues d’infortunes.

– Je ne sais pas. Mais lui, il ne m’a jamais dit ça. J’ai aussi confidence en lui, car c’est un grand.

Assurant le reste du service, Boubacar nous interrompe sans vouloir patienter longtemps. Et en quelques minutes de paroles, il attire l’auditoire en ces termes :

« Je suis un migrant rentré de la Lybie. J’ai entendu et j’ai vécu font deux. Aucune personne ne peut rester ici, te dire les vraies réalités qui se trouvent dans la migration irrégulière, s’il n’a pas vécu l’expérience. On peut certes rencontrer un passeur ou son réseau, pour qu’ils tentent de vous convaincre à tout prix, à cause de votre argent. Je sais de quoi je parle parce que j’en ai été victime. L’escroc est lâche et manipulateur. Il est prêt à tout pour vous avoir. Et c’est à votre intelligence d’éviter certaines choses », dit-il.

Et d’enchaîner : « je suis diplômé en quête d’emploi comme certains parmi nous, ici. Mais à ta place mon frère, je n’hésiterai pas de trouver où investir cet argent. Et au bout de quelques années, tu trouveras que la meilleure politique, est de rester chez soi. Sinon en dépit du risque d’aller perdre ta vie, tu vas sans aucun doute perdre assez de temps, d’économie mais aussi d’énergie. Car moi qui suis entrain de parler devant vous, j’ai perdu tout ça. Et si la vie était à refaire, je ne m’hasarderai en aucune seconde de la vie, à suivre le chemin de la méditerranée. C’est vraiment regrettable ».

L’accalmie règne un instant, après ces mots. Et j’imagine un peu, ce que je vois en face. Des jeunes dont l’âge supérieur ne dépasse pas 30 ans, qui restent à longueur de journée entrains de siroter un petit verre de thé, pour consommer le temps. C’est vraiment difficile à digérer hein!

Saidou, quant à lui, a également connu les mêmes difficultés. Car il a failli perdre la vie aux larges du Maroc. Après deux ans et quelques mois d’aventure incertaine, il a la maitrise parfaite de la plupart des villes du pays. Il maitrise par cœur les itinéraires. Cependant, la victime déconseille à tout jeune comme lui, de tenter cette option. Pour lui, il y a du potentiel chez lui. Même rester auprès de ses parents est une solution.

« J’avoue qu’avant de bouger, j’avais un trésor. Parce que j’avais un pâturage de six moutons, deux vaches et deux vaux. Mais j’ai finalement tout dealer pour investir dans l’illusion. Si j’avais vraiment écouté les bonnes personnes, je serais probablement devenu un homme assez important dans mon entourage. Hélas!

Parce que mathématiquement parlant, ces moutons donnent naissance deux ou parfois trois petits. Et celà s’opère à deux reprises dans l’année. Et une vache fait la même chose aussi.

Et lorsqu’on fait la somme de mon temps perdu par rapport à mes bêtes, on va sans risque de nous tromper comprendre le business juteux que tout ceci allait me procurer.

Et une vache coûte actuellement plus de 4 millions de nos francs. Je suis actuellement déboussolé. C’est pour cela, je déconseille à tout jeune qui veut prospérer, d’éviter ce chemin accablant et humiliant ». Déplore-t-il.

D’après tous ces témoignages, je reste un peu gêné dans ma peau. Parce qu’à entendre ces jeunes témoignés sur leurs histoires, on a comme impression que l’État est complice en ce sens que certains d’entre eux ont juste besoin de formation et d’accompagnement. Mais de l’autre côté aussi, on voit clairement le risque dans lequel certains se lancent. C’est vraiment dommage !

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