Quelques paragraphes de travailleuses de sexe

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Taouyah, carrefour transit, un milieu réputé pour la prostitution, qui est situé à la corniche nord, dans la banlieue de Conakry. Là, à partir de la nuit tombée, de part et d’autres de la route, des jeunes femmes désœuvrées attendent le client avec leurs sacs à mains en bandoulière. Un lieu aussi fréquenté par pas mal de personnes pour soit négocier ou passer. Lors d’une de mes sorties nocturnes, j’ai eu l’audace de m’adresser à quelques unes parmi elles, pour savoir d’où elles viennent et comment elles se sont lancées dans ce métier qualifié comme étant « le plus vieux au monde ». Ainsi, je me jete à l’eau en essayant de leur poser quelques questions.

Binta est la première a bien vouloir m’accorder quelques instants. « Je suis mère de deux enfants, dit-elle, et je suis divorcée. Je ne fais pas ça parce que je l’ai choisi mais bien pour des raisons économiques. Avant, mes enfants vivaient dans le confort et je n’ai pas voulu qu’ils changent de vie. C’est pourquoi, dans ma famille, personne n’est au courant de mes activités. » Je me demande comment c’est possible, surtout au niveau des horaires. « Je ne travaille que jusqu’à 23h30, poursuit-elle. Pour des raisons de sécurité, aussi. Sinon, au niveau de la protection des infections sexuellement transmissibles, on fait ce qu’on peut. Franchement, c’est surtout une question de tarif. Si un client me propose d’y mettre le prix, alors je le fais sans protection. »

Je reste un peu écervelé par cette réponse. J’imagine un père de famille fréquentant cette femme, susceptible d’avoir été contaminé par un client quelques temps auparavant, qui contamine à son tour sa femme enceinte. Et, au bout de la chaîne, un enfant innocent peut naître séropositif. La vie est parfois dure, non ?

Hawa, quant à elle, est étudiante dans une université privée de la place. Elle dit être consciente du fait d’être stigmatisée, mais elle s’est résolue à pratiquer la prostitution pour soulager ses frères et sœurs et sa pauvre maman, qui est déjà bien âgée. « C’est pratiquement une source de revenue pour nous, me confie-t-elle. Mais je ne suis pas prête à tout. Je me protège quel que soit le prix proposé et consulte un médecin spécialiste régulièrement. Pour moi, je vends du sexe, un point c’est tout. Je pourrais aussi bien arrêter quand j’en aurai plus besoin d’argent. » Je lui demande si elle n’a pas peur de tomber sur un client violent. Et là, dans un sourire, elle m’ouvre le contenu de son sac à main : il est rempli d’objets tranchants.

Ami est également armée de couteaux. Mais elle est plus jeune que Hawa. D’ailleurs, elle est toujours au lycée. Elle vit dans une famille de treize enfants et son père n’arrive pas à tout gérer. Pour pouvoir satisfaire ses besoins et sauver l’honneur de sa famille, elle a donc décidé de se livrer à ce genre d’activité qu’on appelle, ici, « bandi-guiné », c’est à dire femme bandit dans la langue soussou. Elle fréquente des hôtels derrière la boîte de nuit Colliseum, ce qui lui permet de fréquenter des hommes riches, et non pas des « marabolés », ces personnes de peu de conditions qui traînent dans la rue. Elle le fait sans se protéger, parfois. Ça dépend du client, en fait. Elle n’a pas encore consulté de médecin. Il n’y a qu’une de ses sœurs qui est au courant de ses activités, mais ça reste confidentiel.

Si je comprends bien : tout ça reste secret. En Guinée, la prostitution n’est pas autorisée par la loi. Ce qui oblige les filles à bosser dans la clandestinité, avec des armes blanches pour leur sécurité et pire, sans suivi médical. Voire à véhiculer des infections sexuellement transmissibles de façon carrément inconsciente.

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